Les répertoires d’action paysanne face au projet de riziculture irriguée de la coopération Cameroun-Corée à Nkoteng

Par Mireille Manga Edimo, Christophe Mvogo
Français

Cet article analyse les répertoires d’action collective des communautés paysannes de Nkoteng (Centre, Cameroun) face au projet de riziculture irriguée initié par l’État camerounais et la République de Corée en 2011, et rétrocédé par la partie coréenne au gouvernement camerounais en 2018. Ces agriculteurs, dépendants de l’accès coutumier à la terre, se mobilisent depuis 2024 contre l’extension du projet sur 200 hectares à Avangane, Bankeng et Ndoumba. À partir d’une enquête qualitative menée en février-mars 2026 et d’entretiens avec des agents des services déconcentrés de l’État, l’article croise les travaux sur l’infrapolitique et la résistance quotidienne (Scott), la socio-anthropologie du développement et la sociologie des mobilisations. Les répertoires observés — discursifs et symboliques, administratifs, physiques directs — relèvent d’une résistance infrapolitique tactiquement efficace, mais structurellement plafonnée. L’article soutient que ce plafond ne tient pas à un déficit de conscience ou de combativité des paysans, mais au contrôle qu’exercent les intermédiaires sur la circulation de la cause — sur un rang coutumier qui filtre le consentement à la cession et un rang gestionnaire qui, depuis la rétrocession de 2018, capte la rente opérationnelle. La frontière entre l’infrapolitique et le mouvement social s’en trouve déplacée. Elle ne se trace pas du côté de la maturité des dominés, mais du côté des acteurs qui tiennent le seuil de la publicisation.

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