Terres accaparées et résistances communautaires
Dans l’Est du Congo, et plus précisément au Sud-Kivu, la terre occupe une place centrale dans la vie des communautés locales. Elle représente à la fois une source de pouvoir, d’identité et de survie. Les dépossessions foncières dont elles sont les victimes — un phénomène ancien et structurel, mais qui a pris de l’ampleur ces trois dernières décennies — sont la résultante des convoitises à la légalité douteuse de divers groupes. Les accaparements de terres sont de cinq types : marchandisation à des fins agricoles, préservation d’aires protégées, octroi de concessions minières, occupation par des groupes armés, expropriation à la suite de déplacements forcés des populations. Ces dépossessions engendrent une insécurité majeure et constituent la principale source des conflits locaux, pouvant parfois dégénérer dans les zones rurales en violences intercommunautaires. Les communautés rurales déploient un éventail de stratégies de résistance d’une remarquable diversité. Elles s’appuient sur la mobilisation paysanne collective, le recours aux autorités coutumières, les contentieux judiciaires et le plaidoyer auprès d’organisations nationales et internationales. Des formes plus discrètes de résistance — occupation des terres, création d’« espaces ingouvernables » — complètent ce tableau. La société civile joue un rôle de relais essentiel, notamment à travers la cartographie participative et les certificats fonciers coutumiers. Les femmes et les peuples autochtones, doublement marginalisés, s’affirment comme des actrices clés de ces mobilisations.
