Les violences sexuelles et leur perception dans les régions du Sine-Saloum (Sénégal)

Par Olivier Schmitz, François Sarramagnan, Abdoulaye Cissé, Khadidja Diawara, Thiame Sarr Karam Touré, An Verelst
Français

Une enquête socio-anthropologique visant à identifier les déterminants socioculturels et les situations dans lesquelles des violences sexuelles (VS) sont commises dans les régions du Sine-Saloum au Sénégal fait apparaître celles-ci comme un sujet dont il est culturellement interdit de parler. L’interdiction de dénoncer les agresseurs qui en découle génère une forme d’impunité perçue et contribue à la reproduction des violences sexuelles. Certaines pratiques coutumières, comme celle du « confiage », rendent cependant les jeunes filles non mariées particulièrement vulnérables à l’égard des garçons et des hommes de la famille dans laquelle elles sont confiées. En ce qui concerne les femmes mariées, il est attendu de leur part qu’elles soient sexuellement soumises à leur mari, ce qui fait du viol conjugal un impensable culturel. Les récits des victimes, pour la plupart des jeunes filles âgées de 7 à 15 ans, révèlent que les agresseurs sont souvent des proches qui utilisent la ruse ou l’ascendance qu’ils ont sur leurs victimes pour en abuser. La tendance culturelle à ne pas parler à autrui de ce qui se passe au sein de la famille ou du couple fait que les proches des victimes vont tout faire pour étouffer l’affaire, la régler dans l’entre-soi et sauver l’honneur de la famille, suivant ainsi une logique qui s’oppose donc à celle qui préside au recours aux services de prise en charge et à la justice. La préférence envers les institutions traditionnelles s’illustre également dans le règlement à l’amiable de bon nombre de situations de violences sexuelles. Il existe ainsi dans le Sine-Saloum, comme ailleurs dans le monde, un véritable système culturel local, composé de logiques et d’institutions symboliques qui maintiennent dans le silence et le secret les violences sexuelles commises au sein de la communauté. Un tel système constitue bien évidemment un sérieux frein au recours aux services d’aide et de prise en charge des victimes.

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